Cameroun – Le savoir comme socle de souveraineté.

Alors que le Cameroun vient de lancer son Fichier National des Thèses et Mémoires, l’enjeu dépasse largement la simple gestion documentaire. C’est une bataille pour la mémoire, la rigueur, et la place du pays dans l’économie mondiale du savoir.

Il y a des décisions qui passent inaperçues. Et puis, il y a celles qui, discrètement, redessinent l’avenir. La mise en place du Fichier National des Thèses et Mémoires des Universités d’État du Cameroun, officiellement présentée le 19 août 2025, appartient indéniablement à cette seconde catégorie.

Au premier regard, il s’agirait simplement d’un outil de centralisation documentaire. Mais en vérité, c’est bien plus qu’un fichier : c’est une déclaration. Une prise de position stratégique dans un monde où l’information, la recherche et la connaissance sont devenues des instruments de puissance.

Trop longtemps, les travaux de fin d’études des étudiants camerounais sont restés enfermés dans des tiroirs poussiéreux ou oubliés sur des étagères. Pertes sèches de savoir, doublons inutiles de sujets, faible visibilité des productions locales… autant de symptômes d’un système qui peinait à valoriser l’intelligence qu’il formait.

Désormais, un cap est franchi.

À travers cette initiative, le ministère de l’Enseignement Supérieur envoie un signal fort : le Cameroun ne veut plus seulement consommer le savoir des autres. Il veut structurer, protéger et partager le sien. Il veut faire de ses universités non plus de simples lieux de diplomation, mais de véritables moteurs de recherche, d’innovation et de développement.

Ce fichier, bien plus qu’un outil administratif, peut devenir un levier de souveraineté intellectuelle. Car un pays qui maîtrise sa production scientifique, qui en connaît les contours, les forces, les manques et les doublons, est un pays capable de se projeter avec ambition dans l’avenir.

Tout ne fait que commencer.

Encore faut-il que les universités s’approprient cet outil, que les thèses soient déposées systématiquement, que l’interface soit conviviale, accessible, et mise à jour. Encore faut-il que les chercheurs y trouvent un appui, et non une contrainte bureaucratique de plus. Encore faut-il que les étudiants soient formés à cette culture de la mémoire académique, qui donne sens et continuité à la recherche.

Ce fichier est une promesse. Celle que le savoir camerounais a sa place dans le concert mondial des idées. À présent, il revient à toute la communauté universitaire de lui donner vie.

UAMG-Ncharé Nsangou