Cameroun-Les débats dominicaux télévisés : entre passion populaire et polémique médiatique. 

Les débats télévisés du dimanche au Cameroun suscitent des réactions contrastées. Appréciés par une partie du public pour leur ton direct et sans filtre, ils sont aussi décriés pour leurs débordements, entre invectives et absence de courtoisie. Une polarisation symptomatique d’un paysage médiatique en mutation, où l’expression des opinions prend parfois le pas sur les règles de déontologie journalistique.

Chaque dimanche, les plateaux télévisés camerounais deviennent des arènes où s’affrontent idées, convictions… et parfois, ego. Ces émissions, devenues rendez-vous incontournables pour certains téléspectateurs, divisent pourtant l’opinion publique. D’un côté, un public fidèle qui apprécie la liberté de ton, la vivacité des échanges et la confrontation des points de vue. De l’autre, des voix critiques qui dénoncent un spectacle bruyant, agressif, et souvent loin des exigences du débat constructif.

Les animateurs, parfois plus arbitres que journalistes, peinent à contenir les dérapages verbaux. Les invectives, insultes voilées ou frontales, et attaques personnelles deviennent monnaie courante. Le langage perd en finesse ce qu’il gagne en intensité. Cette atmosphère tendue est souvent alimentée par des invités aux egos surdimensionnés, prêts à tout pour occuper l’espace médiatique, quitte à reléguer la politesse et l’argumentation au second plan.

Mais derrière cette cacophonie apparente, se cache une réalité : une frange de l’opinion publique y trouve son compte. Ces débats, pour désordonnés qu’ils soient, donnent la parole à des acteurs souvent marginalisés dans les circuits d’information classiques. Ils offrent une tribune où se croisent politiques, intellectuels, activistes et citoyens ordinaires. Et dans un contexte de liberté d’expression encore fragile, cette effervescence a aussi des allures de victoire démocratique.

Le problème, cependant, réside dans l’absence de balises claires. Si la parole libre est essentielle, elle ne peut s’exonérer des règles fondamentales du journalisme : respect des contradicteurs, véracité des faits, équité du temps de parole, et surtout, civilité. Or en l’état, nombre de ces émissions versent davantage dans le spectacle que dans l’information, brouillant les repères pour un public parfois désorienté.

Au demeurant, les débats dominicaux camerounais sont à la fois un miroir des tensions sociales et politiques du pays, et le reflet d’un journalisme en quête de repères. Ils révèlent autant les aspirations à une parole libérée que les dérives d’un espace médiatique qui gagnerait à se professionnaliser davantage.

UAMG-Françoise Abeng