Israël revendique une frappe au Qatar : Netanyahou promet d’agir « où qu’ils soient ».

Pour la première fois, Israël revendique une frappe contre des membres présumés du Hamas sur le sol qatari. Une opération extraterritoriale audacieuse, aussitôt saluée à Jérusalem comme un acte de dissuasion, mais dénoncée par Doha comme une violation de sa souveraineté. En durcissant sa ligne sécuritaire, Benjamin Netanyahou redéfinit les règles du jeu régional au risque d’une dangereuse escalade au Proche-Orient.

 La stratégie sécuritaire israélienne vient de franchir un nouveau seuil. Moins de vingt-quatre heures après une frappe ciblée ayant visé des membres présumés du Hamas à Doha, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a revendiqué l’opération et affirmé, dans un discours télévisé, son intention de frapper les ennemis d’Israël « où qu’ils se trouvent ». Une déclaration qui s’inscrit dans une projection de puissance sans précédent, au risque de bouleverser les équilibres déjà précaires du Proche-Orient.

« Nous poursuivrons nos ennemis à Doha, à Beyrouth, à Téhéran ou ailleurs. Aucun sanctuaire ne les protégera », a martelé le chef du gouvernement, devant les caméras, dans un discours d’une rare fermeté.

 Une opération risquée sur le sol d’un allié des Occidentaux

 La frappe au Qatar, pays considéré comme un médiateur traditionnel entre Israël et le Hamas, et proche allié deWashington, marque un tournant. C’est la première fois qu’une attaque israélienne revendiquée vise directement un territoire situé hors du traditionnel « arc des menaces » (Liban-Sud, Syrie, bande de Gaza).

Les autorités qataries ont immédiatement réagi, dénonçant une violation de leur souveraineté, convoquant l’ambassadeur israélien à Doha, et appelant la communauté internationale à « mettre un terme aux provocations israéliennes ».

Une escalade régionale redoutée

Cette incursion pourrait raviver de fortes tensions régionales. À Beyrouth, Téhéran, mais aussi à Amman et Abou Dhabi, les chancelleries s’inquiètent d’un possible embrasement régional. Car en brisant les règles tacites de non-agression hors zone de conflit actif, Israël ouvre la voie à un cycle d’actions-réactions potentiellement incontrôlable.

« Le message de Netanyahou est clair : aucun lieu n’est hors d’atteinte », analyse un diplomate européen basé au Caire. « Mais il risque de provoquer l’effet inverse de celui recherché, en unifiant contre lui des acteurs jusqu’ici divisés. »

Une stratégie de dissuasion ou une fuite en avant politique ?

Officiellement, cette offensive s’inscrit dans une stratégie de dissuasion régionale, destinée à affaiblir durablement les capacités d’action du Hamas à l’étranger. Mais pour de nombreux observateurs, elle répond aussi à une logique de politique intérieure.

Sous pression, confronté à une impopularité croissante, à une contestation persistante de sa réforme judiciaire, et à des dossiers judiciaires personnels, Netanyahou semble miser sur le réflexe sécuritaire pour ressouder une opinion publique fragmentée.

« Netanyahou instrumentalise la sécurité comme levier de légitimité », estime Tamar Hermann, politologue à l’Israel Democracy Institute. « Mais ce type d’action extérieure comporte un risque d’escalade difficile à maîtriser.

Lignes rouges redessinées 

Avec cette frappe, Israël redéfinit unilatéralement les contours de son droit d’ingérence sécuritaire. Ce faisant, il pose un précédent qui pourrait être invoqué, à l’avenir, par d’autres puissances régionales  Iran, Turquie, voire Arabie saoudite pour justifier leurs propres actions extraterritoriales.

La communauté internationale, encore prudente dans ses réactions, devra rapidement clarifier sa position. Faute de quoi, le jeu régional, déjà volatile, pourrait s’orienter vers une ère d’affrontements sans règles ni frontières.

UAMG-Grâce Manuela