Monde-Gustavo Petro à l’ONU : « La guerre contre la drogue n’était qu’un outil de domination ».

Le  président colombien Gustavo Petro dans une critique cinglante de la guerre contre la drogue menée par les États-Unis depuis plusieurs décennies, accuse cette politique d’avoir échoué non seulement sur le plan sécuritaire, mais aussi d’avoir servi de prétexte à une domination géopolitique des pays du Sud. Un discours qui bouscule les lignes de la diplomatie traditionnelle.

Dans une rhétorique  offensive à la tribune des Nations Unies, le président colombien Gustavo Petro a affirmé sans détour :

 

« La guerre violente contre la drogue a été un échec, et je l’ai remplacée par une politique anti-trafic efficace. »

Ce faisant, il ne se contente pas de critiquer l’inefficacité d’une politique vieille de plusieurs décennies, il remet en cause ses fondements mêmes. Selon lui, cette guerre n’a jamais eu pour véritable objectif d’enrayer le trafic ou la consommation de drogue aux États-Unis, mais plutôt de maintenir une forme de contrôle politique et économique sur les pays producteurs, principalement en Amérique latine.

 « La politique antidrogue n’a pas pour but d’arrêter la cocaïne qui arrive aux États-Unis. Elle vise à dominer les peuples du Sud. » a- t- il martelé.

Une lecture géopolitique du narcotrafic.

Pour Petro, il faut déplacer le regard: « Il ne faut pas regarder la drogue. Il faut regarder qui détient le pouvoir et qui domine. »

Plus exactement il invite la communauté internationale à cesser de considérer les drogues comme un simple fléau sanitaire ou criminel, et à interroger plutôt les rapports de pouvoir qui ont façonné cette guerre mondiale contre les stupéfiants. La logique de prohibition aurait, selon lui, servi d’alibi à des formes d’interventionnisme, notamment américain, dans les affaires internes des États du Sud.

 

Une rupture assumée avec les politiques passées.

Gustavo Petro propose depuis son arrivée au pouvoir une approche résolument différente : lutte contre la pauvreté rurale, développement alternatif, légalisation partielle, fin des épandages aériens de glyphosate, et dialogue avec les cultivateurs et certains groupes armés. Loin du Plan Colombie  programme militarisé et financé par Washington dans les années 2000 sa politique se veut humaine, écologique et souveraine. Cette nouvelle orientation vise à s’attaquer aux causes structurelles du narcotrafic entre autres : l’exclusion sociale, l’abandon des campagnes, et la dépendance économique des cultivateurs de coca.

Une vision latino-américaine de la souveraineté

Le discours de Petro met en relief une relecture critique des relations Nord-Sud. Il rejoint une mouvance politique latino-américaine qui prône une autonomie régionale renforcée, une coopération Sud-Sud et un refus des logiques néocoloniales. Il estime  que, le combat contre la drogue ne peut être dissocié de la lutte pour la justice sociale et la souveraineté politique.

 Un discours applaudi et contesté

Les réactions ne se sont pas fait attendre. En Amérique latine, de nombreux intellectuels, ONG et mouvements sociaux saluent ce tournant discursif et politique. D’autres, notamment dans les cercles conservateurs colombiens ou nord-américains, dénoncent une vision jugée naïve ou dangereuse.
Aux États-Unis, les autorités restent prudentes, mais certains responsables continuent de défendre la ligne dure, insistant sur la responsabilité partagée des pays producteurs.
En Colombie, le débat est vif. Si une partie de la population soutient cette rupture avec le passé, Petro fait aussi face à une opposition farouche de la droite et de certains secteurs économiques liés à la sécurité et à l’agro-industrie.

Une nouvelle phase dans le débat mondial

Avec ce discours, Gustavo Petro relance un débat de fond: la guerre contre la drogue est-elle réellement destinée à protéger les sociétés, ou sert-elle à maintenir un ordre mondial inégal ? Son intervention à l’ONU pourrait marquer un tournant diplomatique pour la Colombie, et plus largement pour l’Amérique latine, en quête de nouvelles alliances et de modèles de développement plus autonomes.

UAMG-Grâce Manuella