Face à ce qu’ils considèrent comme une justice internationale à deux vitesses, les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont annoncé, le 22 septembre, leur retrait simultané de la Cour pénale internationale (CPI). Une décision lourde de symboles, révélatrice d’un tournant stratégique et souverainiste majeur.
Sa création remonte à 2002, depuis lors,la CPI s’est imposée comme la principale juridiction internationale chargée de juger les crimes les plus grave: génocides, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Pourtant, de nombreuses voix dénoncent depuis des années son fonctionnement biaisé, notamment à l’encontre des pays africains.
Le journaliste d’investigation franco-camerounais Charles Onana, intervenant sur France 24, a rappelé que la CPI semble cibler quasi exclusivement les dirigeants africains, tout en fermant les yeux sur les crimes perpétrés par certaines puissances occidentales. Il a notamment appelé à ce que l’ancien président américain George W. Bush soit jugé pour les conséquences de la guerre en Irak une demande largement ignorée.
L’Afrique, cible permanente privilégiée
Sur les 31 affaires ouvertes par la CPI au cours des deux dernières décennies, la grande majorité concerne des pays africains. Ce déséquilibre alimente la perception d’une instrumentalisation de la justice internationale, utilisée comme un levier de pression politique. Selon Charles Onana et d’autres analystes, de nombreux pays africains ont ratifié le Statut de Rome sans en mesurer pleinement les implications, tombant ainsi dans ce qu’il qualifie de « guet-apens juridique »


Une rupture souveraine et stratégique
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, désormais unis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont annoncé leur retrait conjoint de la CPI. Le communiqué officiel, signé par le président malien Assimi Goïta, marque une volonté claire de se retirer des structures internationales jugées néocoloniales, et de réaffirmer leur indépendance judiciaire.
Ce retrait s’inscrit dans une dynamique de réalignement géopolitique plus large, marquée par un rapprochement stratégique avec la Russie et un rejet progressif des influences occidentales, qu’elles soient militaires, économiques ou juridiques.
Une page qui se tourne
Les pays de l’AES affirment leur volonté de construire une justice par et pour les Africains. Il ne s’agit pas d’un désengagement de la lutte contre l’impunité, mais d’un rejet des mécanismes perçus comme injustes, déséquilibrés et politisés.
Ce geste ne doit pas être interprété uniquement comme une provocation ou une posture politique, c’est bien l’expression d’une rupture avec l’ordre international tel qu’il a été imposé à l’Afrique postcoloniale.
Une victoire pour la souveraineté africaine ?
Certains y verront une dérive autoritaire critique souvent adressée aux dirigeants de l’AES, d’autres une victoire historique. De toute évidence ,ce retrait marque un vent nouveau dans le positionnement politique en Afrique de l’Ouest. Les États de l’AES veulent désormais définir leurs propres règles, sans tutelle extérieure.
Ce choix courageux, qu’on l’approuve ou non, constitue une étape décisive dans la reconquête de leur souveraineté. Il mérite d’être compris, analysé et salué comme tel.
UAMG-Nga Etoa









