Afrique-La Diaspora camerounaise sur le bouton d’une insurrection?

À la veille de la proclamation des résultats du scrutin du 12 octobre 2025, la diaspora camerounaise s’agite. Entre frustration, espoir de changement et appels à la contestation, son expression souvent virulente sur les réseaux sociaux nourrit les craintes d’une fracture entre les Camerounais du pays et ceux de l’étranger.

Au départ, la diaspora camerounaise n’était qu’un prolongement affectif du pays: une communauté curieuse de suivre l’actualité nationale, d’envoyer des soutiens familiaux, de rêver d’un retour au pays. Chacun de ses membres a sa trajectoire : certains ont quitté le Cameroun grâce à des bourses d’État, d’autres grâce à des parents aisés ou des dynamiques communautaires.

Mais au fil des ans, une nouvelle vague s’est formée celle des « bozayeurs », ces aventuriers qui ont tout quitté pour tenter leur chance ailleurs, parfois au prix de grands sacrifices. Beaucoup, après avoir découvert les opportunités et les structures d’accueil de leurs pays d’installation, réalisent qu’un véritable changement durable devrait s’opérer sur place, au Cameroun. Pour eux, il s’agit désormais de créer des conditions favorables à l’investissement et au bien-être collectif.

La désillusion et la colère montent

Cependant, le retour ou la participation au développement du pays reste souvent un parcours semé d’embûches. Corruption, lenteurs administratives, favoritisme : les projets initiés par certains membres de la diaspora se heurtent à des obstacles multiples. Ce sentiment d’injustice a nourri une forme de radicalisation au sein d’une frange de la communauté expatriée, recrutée parmi les élites intellectuelles, culturelles et économiques.

« Ceux qui travaillent plus gagnent moins, tandis que les protégés du pouvoir vivent dans le luxe et le mépris », dénonce un Camerounais installé en Allemagne. Un cri de frustration partagé par de nombreux expatriés qui estiment avoir été exclus du système.

Quand les réseaux sociaux deviennent champs de bataille

Sur Facebook, X et surtout TikTok, la colère se déverse sans filtre. Les invectives fusent, les appels à l’insurrection se multiplient. Chacun veut être plus virulent que l’autre, dans un concours d’indignation où la nuance a disparu.

Derrière les écrans, la frontière entre engagement politique et manipulation se brouille. Certains influenceurs politiques entretiennent même des discours incendiaires, tandis que des rumeurs d’appuis à des groupes armés rappellent les heures sombres du conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. À mesure que la présidentielle approche, les réseaux sociaux se transforment en arènes d’affrontement verbal, où l’émotion supplante la raison.

La guerre des narratifs

La diaspora n’est toutefois pas homogène. À côté des voix radicales, une minorité soutient le système en place, prônant la stabilité et la prudence. Et entre les deux, une majorité silencieuse observe, lasse des querelles intestines et des dérives verbales qui déchirent des compatriotes censés partager les mêmes rêves de progrès.

Ce clivage profond révèle une guerre des narratifs : d’un côté, ceux qui appellent à la rupture totale ; de l’autre, ceux qui croient encore à une réforme interne. Entre les deux, le peuple camerounais, souvent pris en otage par les discours extrêmes.

la peur d’un embrasement

Alors que les campagnes numériques deviennent de plus en plus virales, la psychose s’installe. Les appels à la rue se multiplient, les rumeurs d’insurrection circulent. Pourtant, entre les clics et les actes, il y a souvent un monde.

L’insurrection virtuelle tant évoquée se traduira-t-elle dans les rues de Douala ou de Yaoundé? Ou ne restera-t-elle qu’une tempête numérique, révélatrice d’un mal-être profond mais confiné aux écrans ?

 Une diaspora décisive mais divisée

Quoi qu’il en soit, la diaspora camerounaise demeure une force vive, à la fois critique et nécessaire. Sa voix compte, son influence est réelle. Reste à savoir si elle choisira de transformer sa colère en énergie constructive ou de rester prisonnière de la spirale des indignations.

El Mensi